Lymphadénectomie sélective et mélanome
Méthode dite du « ganglion sentinelle »
Texte court

La lymphadénectomie sélective permet de repérer le premier ganglion de drainage du mélanome (ganglion sentinelle) à la recherche de micrométastases.

Si la technique de recherche est fiable et reproductible, en revanche, en absence d’étude randomisée prospective (les résultats de la seule étude de ce type, actuellement en cours aux Etats-Unis, ne sont pas encore publiés), l’intérêt de la recherche du ganglion sentinelle dans le mélanome est controversé. En particulier, les modalités thérapeutiques proposées pour les patients porteurs de micro métastases (immunothérapie, curage ganglionnaire) ne sont pas validées. Il semblerait, cependant, que dans un groupe particulier de patients (mélanome non ulcéré, âge< 60 ans, 1mm < Breslow < 2 mm, localisation aux membres), la survie soit meilleure en l’absence de micro métastases dans le ganglion sentinelle. Enfin, l’analyse des ganglions sentinelles présente un intérêt évident stadification des patients atteints de mélanome.

Le texte que nous présentons n’est pas un texte de recommandations absolues et incontournables. Il s’agit d’un consensus développé au sein du Groupe de Cancérologie Cutanée de la Société Française de Dermatologie, basé sur l’expérience de chacun de ses membres. Il est destiné aux équipes désireuses d’aborder la technique d’analyse du ganglion sentinelle. Il a, également, pour but d’informer les patients atteints de mélanome au stade I qui se sont vus proposer cet examen par leur médecin.
Il s’agit d’un texte court. Une version longue plus complète comportant des références bibliographiques peut être obtenue par téléchargement à partir de ce site.


A qui s’adresse l’analyse du ganglion sentinelle ?
mélanome d’indice de Breslow supérieur ou égal à 1,5 mm (1 mm dans la littérature internationale) ou quel que soit l’indice de Breslow en cas de signes de régression ou d’ulcération
• quel que soit le site cutané

Dans quelles circonstances le mélanome ne doit pas être réalisé ?
• Présence de ganglions suspects (examen clinique ou imagerie)
• Mélanome stade IV (métastases à distance avérées)
• Femme enceinte (radioactivité)

Comment se réalise l’analyse du ganglion sentinelle ?
1 - Chronologie des évènements
• Exérèse du mélanome pour examen anatomopathologique
• Lympho scintigraphie isotopique
• Détection et contrôle histologique du ganglion sentinelle
• Complément d’exérèse du mélanome
• Curage ganglionnaire complet en cas de ganglion sentinelle atteint

2 - L’éxérèse initiale
• Ablation de la totalité de la tumeur initiale avec la plus petite marge de peau saine possible
• Suture simple
• Pas de lambeau ni cicatrisation dirigée

3 - Lymphoscintigraphie
• Nature du colloïde : Nanocis (sulfure de rhénium marqué au technetium)
• Une injection intradermique aux quatre points cardinaux de la cicatrice de 200 à 500 ?Ci chacune
• La lymphoscintigraphie avec des images dynamiques et statiques : déterminer le nombre de ganglions sentinelles, leur siège et définir la projection cutanée des ganglions pour guider l’incision chirurgicale
• Le prélèvement chirurgical doit être effectué 4 à 24 h après l’injection

4 - Détection per opératoire
• Le chirurgien est guidé par une sonde de détection de radioactivité portable introduite dans l’aire ganglionnaire contenant le ganglion sentinelle
• L’utilisation d’une anesthésie générale ou locale est laissée à l’appréciation de chaque équipe
• Trois comptages doivent être réalisées : le champ opératoire avant incision, la pièce opératoire ex vivo, et, enfin, le lit opératoire où l’activité résiduelle doit être nulle si le ganglion sentinelle est correctement enlevé
• La méthode colorimétrique permet de faciliter le prélèvement mais présente un risque de choc anaphylactique ce qui fait proposer à certains de réserver cette méthode aux difficultés techniques (en particulier dans les creux axillaires)

5 - Examen anatomo pathologique
• pas d’examen extemporané (faible rentabilité)
• des coupes sériées de la totalité du ou des ganglions sont nécessaires
• l’examen histologique doit comporter examen standard (coloration HES) et immunohistochimique (PS 100, HMB 45)

6 - Mesures de radioprotection
• la plus grande partie (95 %) de la radioactivité injectée reste au niveau du site d’injection
• l’injection du traceur doit être réalisée dans un service de médecine nucléaire agrée
• l’irradiation du chirurgien au niveau corps entier reste dans des niveaux comparables à la radioactivité naturelle
• certains auteurs préconisent, néanmoins, de conserver à part les pièces opératoires 48 h après injection avant manipulation

Conclusion
La détection du ganglion sentinelle est une procédure diagnostique fiable et peu invasive. Elle nécessite un apprentissage et une collaboration étroite entre dermatologue, médecin nucléaire chirurgien et anatomopathologiste.